mar012014
OSER LA SOCIODYNAMIQUE
La philosophie et la sociologie se sont historiquement toujours intéressées à l’individu et à l’institution, ne serait-ce que pour les « comparer » chacun dans leurs « rôles » respectifs, ce qui revient à les opposer [objectivité 'contre' subjectivité] davantage qu’à les rassembler.
En tout état de cause, aucune de ces deux disciplines ne s’est intéressée aux groupes – en tant que constitués d’individus selon leurs affects communs, leurs ambitions communes, leurs attitudes communes… – au même titre que la Sociodynamique comme véritable méthode de management.
La sociodynamique est donc l’outil permettant d’appréhender les attitudes de chacun en tant qu’acteur social au sein du (des) groupe(s) au(x)quels il appartient aujourd’hui, mais dont il sera susceptible de « changer » demain, en fonction de ses aspirations du moment et de l’évolution/changement organisationnel et/ou structurel.
Autrement dit, la sociodynamique est une discipline des Sciences Humaines & Sociales qui s’intéresse non seulement à l’espace où se jouent les stratégies individuelles et communes situées à un temps « T », notion fondamentale induisant le mouvement.
Oser la sociodynamique, c’est oser savoir… pour oser le mouvement
…C’est oser un nouveau regard sur soi, sur l’autre, sur l’institution, l’organisation, l’entreprise… Soit, en tant que dirigeant, soit, en tant que collaborateur ou employé.
Mais l’institution ne serait rien d’autre que de simples fondations si aucun projet de bâtir quelconque édifice n’était envisagé. Car pour exister, l’institution doit également avoir une motivation sociale. Elle a donc besoin de femmes et d’hommes pour la faire vivre et prospérer selon ses buts premiers. Autrement dit, elle a besoin d’un « corps social ».
Notons au passage que les dirigeants sont eux-mêmes partie prenante de ce corps social, ce qui ne semble pas être une évidence a priori.
L’analyse sociodynamique consiste à repérer les tensions intimes individuelles ou de groupe(s), en articulation avec les tensions sociales d’autres groupes et/ou l’institution. Dès lors, les tensions – intimes ou sociales – conditionnent elles-mêmes des attitudes qui sont mises en œuvre dans des « jeux » de pouvoir au sein de l’organisation/entreprise.
La sociodynamique pose la coexistence institution/corps social, binôme apparemment et a prioriantinomiques. Ceci afin de permettre l’observation, l’analyse, le diagnostic et la conscientisation des «jeux » de pouvoir qui s’y déroulent… en un phénomène-organisation en tant que phénomène intégralement construit.
Pour la sociodynamique, la coordination et la structuration des activités humaines dans les « jeux » sont un problème à résoudre et non pas le résultat d’un ordre naturel.
La prise de conscience de ces « jeux » permet alors une analyse empirique des stratégies élaborées à partir des attitudes, que chaque acteur ou un groupe, ou encore l’institution/organisation/entreprise met en œuvre pour obtenir satisfaction l’un envers l’autre et/ou l’un contre l’autre… Puis, enfin, l’un avec l’autre … en vue d’atteindre un niveau synergique de bien commun – donc de performance commune – entre et pour l’institution et le corps social, sans pour autant sacrifier les bonheurs privés/tensions intimes qui y président.
Car tous les phénomènes observés ont un sens et correspondent à une rationalité propre. C’est en découvrant cette signification « subjective » des comportements des acteurs que l’on pourra mettre en évidence des éléments souvent « clefs » – et nullement visibles et/ou évidents au départ – de la structuration « objective » du champ d’action observé.
Le raisonnement stratégique partant de l’acteur pour découvrir le système – selon le paradigme de l’individualisme méthodologique – la sociodynamique consiste en ce diagnostic de stratégies et des tactiquesen découlant, concomitamment à leur analyse.
La sociodynamique tend alors à une approche systémique, en ce sens que, dès lors que l’énergie de chacun et/ou de chaque groupe est réunie dans un seul et même mouvement synergique pour atteindre le bien commun et donc la performance, l’on aboutit – au-delà des bonheurs privés – à l’accomplissement d’une sociogenèse en tant que système ouvert sur l’environnement… dont l’endogenèse est générée par l’énergie commune des acteurs, présidant au- puis procédant du- système. Le raisonnement systémique part du système pour retrouver avec l’acteur la dimension contingente de son ordre construit.
A titre d’illustration, je prendrai l’exemple emprunté à l’aviron par le biais d’un « huit avec barreur » :
Au-delà d’antagonismes possibles entre membres de l’équipage, chaque rameur représente l’énergie mécanique mise en œuvre, dans un ensemble cohérent, à la même cadence, avec la même intensité, dans un effort unique, ne faisant qu’un avec le barreur, d’où l’accomplissement téléologique : 9 = 1… équation vérifiée et justifiée par le fait que l’énergie développée et mise en œuvre par les 9 protagonistes (l’endogenèse) produise système au sein d’une même unité « institutionnelle » et une même identité du Tout (la sociogenèse).
C’est un peu l’idée de Georges Duhamel quand il énonce dans « Défense des Lettres » : « Qu’est-ce donc l’équilibre d’un organisme en mouvement, sinon une lutte perpétuelle pour rétablir le jeu des forces contraires et pour créer un accord d’autant plus beau qu’il est instable et menacé ? »
Définition de la Sociodynamique
Il n’existe pas à proprement parler de définition figée ou officielle de la Sociodynamique, tant elle s’inscrit dans le mouvement ; une définition stricte contribuerait à la paralysie.
« La sociodynamique est la discipline qui traite de la mise en valeur des relations de groupe. Destinée à décrypter les phénomènes les plus opposés de la vie sociale (la guerre et la paix), la Sociodynamique est extérieure à tout engagement politique. Son dessein philosophique se situe hors de tout dogme mais se situe toutefois au niveau où la plupart des doctrines se retrouvent d’accord :
- la vie sociale doit être organisée de telle façon que les hommes puissent vivre heureux,
- la vie sociale doit tendre à l’optimisation de la performance de la vie groupale.
Dans cette optique, la Sociodynamique suggère modestement des recommandations pratiques essentiellement réalistes et basées sur des règles formalisables qui peuvent facilement être mises en pratique ».1
« La Sociodynamique est une branche de la praxéologie, discipline générale qui se consacre à la conduite de l’action. […] Comparable à la thermodynamique qui cherche à maîtriser le ‘mouvement par la chaleur’, la Sociodynamique se propose de développer ‘le mouvement par les hommes’. Elle assure la visite guidée du monde des organisations, là où s’exerce l’action des hommes ; elle précise leur projet ; elle décrit le panorama de leurs alliances et de leurs luttes ; elle indique les règles séculaires et nouvelles qui fondent leurs succès er leurs échecs ; elle dote les acteurs d’une panoplie de moyens pratiques destinés à servir leur stratégie ou celle de leur entreprise. Elle hiérarchise les enjeux propres à chaque famille d’organisation ».2
« Le cadre de la pensée sociodynamique encourage la non-orthodoxie et se montre très prudente envers une compréhension et une description trop rigides des actions et des difficultés humaines […] Une telle approche d’ouverture privilégie une présentation renouvelée des idées et des mots dépassés. Une fois habitués à de nouvelles idées et à un nouveau langage, les acteurs ne peuvent plus voir selon leurs anciens schèmes. Les choses n’ont pas à être comme elles l’ont toujours été ».3
Conclure pour bien éclairer la sociodynamique
Jean-Christian FAUVET a inventé et développé dans les années 70 une méthode de conduite du changement : la sociodynamique. Elle a pour but de gérer/réguler l’énergie déployée par les participants, individuellement et en groupe, à un projet de changement organisationnel. Cette énergie peut être simultanément positive (la « synergie ») ET négative (l’« antagonisme »).
Pour J-C FAUVET, la réalité des réactions pour ou contre d’un participant à un projet n’est pas aussi tranché mais beaucoup plus complexe. Pour lui, un participant à un projet peut être pour ET contre à la fois… ou NI pour NI contre.
De même, un participant peut être à la fois plus synergique et plus antagoniste qu’un autre. Autrement dit, il peut développer, dans un même temps, de l’énergie pour et de l’énergie contre un projet donné.
A partir de là, JC FAUVET considère comme « allié » (au sens sociodynamique du terme) un participant développant davantage de synergie que d’antagonisme. Ainsi, une personne qui propose des alternatives à celles du projet développe de l’antagonisme, en même temps qu’il développe de la synergie car son intention est de faire avancer le projet. Pour le dire autrement, il est capital de ne pas se focaliser sur l’antagonisme apparent, et de repérer l’énergie sous-jacente
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