dimanche 9 mars 2014

Acquisition, assimilation, accommodation et transformation

06/03/2014 - Emmanuel Badet , Superviseur Exploitation/Méthodes, SOCODEI - Groupe EDF
Selon Les Echos, les faillites en France sont de nouveau à un niveau record en 2013 – 63000 entreprises ont déposé le bilan l’an dernier, autant qu’en 2009.

Tout le monde sait bien que la première cause de faillite est le manque de cash (souvent créé par une manque de compétitivité de l’offre et des coûts de production trop élevés, c’est vrai). Personne ne discute non plus que la mise en œuvre d’un Lean raisonnable, fondé sur la réduction du lead-time et non sur la pression sur la productivité, permet des améliorations spectaculaires du Besoin en Fond de Roulement. L’énigme reste entière – pourquoi encore tellement de débats sur le Lean ?

La diffusion du Lean illustre en fait parfaitement une théorie classique de l’apprentissage vu comme l’adaptation de ce qu’on sait à des faits nouveaux : acquisition, assimilation, accommodation, transformation

Acquisition : l’effort d’acquérir des nouveaux concepts. Nombreux managers rechignent encore à simplement s’instruire sur le Lean et se justifient en dénigrant le sujet soit comme « productiviste » (un truc pour mettre encore plus la pression sur les gens) soit comme « culturaliste » (c’est quoi tous ces mots japonais ?). Ils ne se rendent malheureusement pas compte que leurs bon mots sont autant de preuves de refus d’apprendre caricatural.

Assimilation : ramener les concepts nouveaux à ce que l’on sait déjà. bien plus embêtant, des cadres de secteurs entiers (il y a bien entendu de réelles exceptions) se servent des outils du Lean pour perpétuer les approches tayloristes qu’ils connaissent bien. Ainsi on mettra en place des chantiers de productivité sans aucun souci de l’engagement ou de la formation des opérateurs (bien souvent en détruisant au passage les mécanismes traditionnels de formation et de gestion des équipes) pour pouvoir faire de la productivité rapide et imposer des baisse de prix aux fournisseurs. Cette forme de Lean est malheureusement commune et reflète une difficulté d’apprentissage des fonctions soi-disant « expertes », qui mettent en place un Lean tayloriste (pas grand chose à voir avec le vrai Lean) sans jamais adresser les questions profondes que posent le Lean sur le lien entre la satisfaction des clients et l’engagement des employés.

Accommodation : partir des faits nouveaux pour changer ses conceptions préexistantes. Le signe du vrai Lean est de se servir du juste-à-temps et de l’observation des difficultés des opérateurs à leurs postes pour remettre en cause nos modes de management. Les managers qui s’engagent dans ce Lean là apprennent vite des choses étonnantes sur leur propre pratique et sur le fonctionnement réel de leurs organisations, ce qui a pour effet presque immédiat d’améliorer leurs résultats en service, stock et coûts totaux. Ce travail d’accommodation est un parcours individuel qui ne peut se capturer en formules facilement réplicables. Il s’agit de réfléchir ensemble à résoudre un problème après l’autre.

Transformation : la transformation acquise des comportements et la recherche de sens plus profond aux nouveaux raisonnements. Les quelques dirigeants qui sont transformés par le Lean reviennent à des choses simples : 1) il faut bien servir les clients, 2) faire apparaître les problèmes en réduisant les lead-time partout, tout le temps et 3) travailler avec les gens à la résolution de problèmes concrets les uns après les autres sans chercher de solutions systématiques ou même systémiques, et faire confiance à l’initiative et la créativité de chacun une fois que les questions sont bien posées par le management. Ce Lean transformant permet de rassurer les clients par une prestation tip top, d’animer les équipes sur des sujets concrets de performances plutôt que les délires systèmes des directions fonctionnelles et rechercher des sources d’innovation inattendues en coévolution avec un environnement qui bouge comme jamais. On parvient ainsi à croître le chiffre d’affaires raisonnablement (+10%), avec un niveau de marge du simple au double et à peu près la moitié de ses stocks.
A quel stade d’apprentissage se trouve actuellement votre équipe ? La porte du vrai Lean est maintenant clairement identifiée – il suffit de l’ouvrir et d’explorer la pièce qui se trouve derrière.

De quel Lean parle-t-on ? Venez écouter des dirigeants qui ont fait ce pas et discuter avec d’autres équipes qui explorent le sujet au Lean Summit de Lyon, le 1er et 2 Avril !

Éditorial du Projet Lean Entreprise
(6 mars 2014)

Du leader au leadership partagé

Du leader au leadership partagé

PAR ERIC DELAVALLÉE
07 MARS 2014
1 COMMENTAIRE
Conditions d'exercice du managementDéveloppement des managersGrands auteursLeadershipThéories du management
La notion de leadership partagé a le vent en poupe. Elle est l’objet de plusieurs dossiers dont celui du numéro 547 de février 2014 de la revue Personnel auquel j’ai contribué avec un de mes clients. Pourquoi parle-t-on aujourd’hui plus de leadership que de leaders ? En quoi et comment peut-on envisager que le leadership soit partagé ? Tour d’horizon !
Le leader, d’abord !
Avant de s’intéresser au leadership, la littérature managériale s’est penchée sur le leader. Abraham Zaleznik, psychanalyste et professeur à la célèbre Harvard Business School, l’a différencié du manager à travers des prédispositions personnelles. Le manager vit en harmonie avec son environnement et n’a aucun mal à s’adapter aux évolutions. Pour le leader, au contraire, les choses ne vont pas de soi. Son existence est marquée par une lutte constante pour atteindre un certain sentiment de sérénité qu’il n’atteint d’ailleurs jamais complètement.
Le manager est capable de se fondre dans son environnement et, tel un caméléon, sait passer inaperçu. Le leader, lui, provoque des sentiments d’amour ou de haine, mais ne laisse pas indifférent. Il a la sensation d’être profondément « à part ». Le manager a besoin d’ordre et de stabilité, là où le leader est à l’aise dans des univers flous et incertains. Bref, il y a deux catégories de personnes : les managers d’un côté, les leaders de l’autre !
Du leader au leadership
Le passage du leader au leadership se fait par les approches centrées sur la compétence. Le leadership est une compétence, ou plus exactement un ensemble de compétences, que tout un chacun (y compris, donc, les managers) peut acquérir. C’est la position, entre autres de Warren Bennis, pour qui on ne naît pas leader, on le devient.
Quelles sont ces compétences ? Un leader est capable de :
  • définir une vision enthousiasmante du futur ;
  • communiquer de manière à capter l’attention et créer une communauté de compréhension ;
  • susciter la confiance par la constance et la fiabilité ;
  • avoir une image positive de lui contagieuse pour les autres.
Autant de capacités que l’on peut, au moins pour partie, acquérir !
Le leadership partagé
Mais la notion de leadership partagé prend tout son sens seulement quand il n’est plus appréhendé comme une compétence, mais comme une fonction. Pour John Kotter par exemple, également professeur à la Harvard Business School, la fonction de leadership est constituée de trois catégories d’activités : la définition d’une direction, l’alignement des salariés et, enfin, leur motivation. La définition d’une direction oriente le mouvement dans la voie appropriée, l’alignement amène le personnel à s’engager dans cette voie et la motivation insuffle l’énergie nécessaire à surmonter les difficultés rencontrées. Ces activités peuvent très bien ne pas être exercées par la même personne.
On peut du coup envisager le partage de la fonction de leadership entre plusieurs personnes. Y compris celles qui ne sont pas en position de management !
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OSER LA SOCIODYNAMIQUE

mar012014

OSER LA SOCIODYNAMIQUE

La philosophie et la sociologie se sont historiquement toujours intéressées à l’individu et à l’institution, ne serait-ce que pour les « comparer » chacun dans leurs « rôles » respectifs, ce qui revient à les opposer [objectivité 'contre' subjectivité] davantage qu’à les rassembler.
En tout état de cause, aucune de ces deux disciplines ne s’est intéressée aux groupes – en tant que constitués d’individus selon leurs affects communs, leurs ambitions communes, leurs attitudes communes… – au même titre que la Sociodynamique comme véritable méthode de management.
La sociodynamique est donc l’outil permettant d’appréhender les attitudes de chacun en tant qu’acteur social au sein du (des) groupe(s) au(x)quels il appartient aujourd’hui, mais dont il sera susceptible de « changer » demain, en fonction de ses aspirations du moment et de l’évolution/changement organisationnel et/ou structurel.
Autrement dit, la sociodynamique est une discipline des Sciences Humaines & Sociales qui s’intéresse non seulement à l’espace où se jouent les stratégies individuelles et communes situées à un temps « T », notion fondamentale induisant le mouvement.

Oser la sociodynamique, c’est oser savoir… pour oser le mouvement

…C’est oser un nouveau regard sur soi, sur l’autre, sur l’institution, l’organisation, l’entreprise… Soit, en tant que dirigeant, soit, en tant que collaborateur ou employé.
Sociodynamique ISRI - institution froideLa sociodynamique est d’abord caractérisée par l’institution vue comme une entité objective et froide, une détermination juridique, statutaire, structurelle … tendue vers un seul but : l’efficacité.
Mais l’institution ne serait rien d’autre que de simples fondations si aucun projet de bâtir quelconque édifice n’était envisagé. Car pour exister, l’institution doit également avoir une motivation sociale. Elle a donc besoin de femmes et d’hommes pour la faire vivre et prospérer selon ses buts premiers. Autrement dit, elle a besoin d’un « corps social ».
Notons au passage que les dirigeants sont eux-mêmes partie prenante de ce corps social, ce qui ne semble pas être une évidence a priori.
Sociodynamique ISRI - trombinesLe corps social agit/réagit selon une subjectivité qui lui est propre, en fonction des individus et/ou groupes qui le composent.
L’analyse sociodynamique consiste à repérer les tensions intimes individuelles ou de groupe(s), en articulation avec les tensions sociales d’autres groupes et/ou l’institution. Dès lors, les tensions – intimes ou sociales – conditionnent elles-mêmes des attitudes qui sont mises en œuvre dans des « jeux » de pouvoir au sein de l’organisation/entreprise.
La sociodynamique pose la coexistence institution/corps social, binôme apparemment et a prioriantinomiques. Ceci afin de permettre l’observation, l’analyse, le diagnostic et la conscientisation des «jeux » de pouvoir qui s’y déroulent… en un phénomène-organisation en tant que phénomène intégralement construit.
Pour la sociodynamique, la coordination et la structuration des activités humaines dans les « jeux » sont un problème à résoudre et non pas le résultat d’un ordre naturel.
La prise de conscience de ces « jeux » permet alors une analyse empirique des stratégies élaborées à partir des attitudes, que chaque acteur ou un groupe, ou encore l’institution/organisation/entreprise met en œuvre pour obtenir satisfaction l’un envers l’autre et/ou l’un contre l’autre… Puis, enfin, l’un avec l’autre … en vue d’atteindre un niveau synergique de bien commun – donc de performance commune – entre et pour l’institution et le corps social, sans pour autant sacrifier les bonheurs privés/tensions intimes qui y président.
Sociodynamique ISRI - TubesL’analyse sociodynamique s’efforcera donc chaque fois à découvrir les caractéristiques, la nature et les règles des jeux et stratégies, ainsi que les pouvoirs structurant l’interdépendance entre acteurs concernés, pour « remonter » ensuite aux modes de régulation par lesquels ces jeux s’articulent les uns aux autres, et sont maintenus en opération dans un système d’action, lui-même dépendant ou étant conditionné par les attitudes de chaque acteur participant : institution/organisation/entreprise, individus ou groupes d’individus.
Car tous les phénomènes observés ont un sens et correspondent à une rationalité propre. C’est en découvrant cette signification « subjective » des comportements des acteurs que l’on pourra mettre en évidence des éléments souvent « clefs » – et nullement visibles et/ou évidents au départ – de la structuration « objective » du champ d’action observé.
Le raisonnement stratégique partant de l’acteur pour découvrir le système – selon le paradigme de l’individualisme méthodologique – la sociodynamique consiste en ce diagnostic de stratégies et des tactiquesen découlant, concomitamment à leur analyse.
Sociodynamique ISRI - Mots-clésLa sociodynamique est donc au départ une approche et une analyse stratégique empirique, dans une combinatoire de synergie(s) et d’antagonisme(s) dont seule la synergie émergente est porteuse et conduit à la performance, vérifiant que le Tout ne se résume pas à la seule somme des parties, aboutissant ainsi à une compréhension systémique ou holistique….
La sociodynamique tend alors à une approche systémique, en ce sens que, dès lors que l’énergie de chacun et/ou de chaque groupe est réunie dans un seul et même mouvement synergique pour atteindre le bien commun et donc la performance, l’on aboutit – au-delà des bonheurs privés – à l’accomplissement d’une sociogenèse en tant que système ouvert sur l’environnement… dont l’endogenèse est générée par l’énergie commune des acteurs, présidant au- puis procédant du- système. Le raisonnement systémique part du système pour retrouver avec l’acteur la dimension contingente de son ordre construit.
A titre d’illustration, je prendrai l’exemple emprunté à l’aviron par le biais d’un « huit avec barreur » :
Sociodynamique ISRI - AvironsLe barreur est le garant responsable du cap à tenir et qui, par ses encouragements rythmés, va imprimer la cadence à tenir : il est le représentant de l’institution.
Au-delà d’antagonismes possibles entre membres de l’équipage, chaque rameur représente l’énergie mécanique mise en œuvre, dans un ensemble cohérent, à la même cadence, avec la même intensité, dans un effort unique, ne faisant qu’un avec le barreur, d’où l’accomplissement téléologique : 9 = 1… équation vérifiée et justifiée par le fait que l’énergie développée et mise en œuvre par les 9 protagonistes (l’endogenèse) produise système au sein d’une même unité « institutionnelle » et une même identité du Tout (la sociogenèse).
C’est un peu l’idée de Georges Duhamel quand il énonce dans « Défense des Lettres » : « Qu’est-ce donc l’équilibre d’un organisme en mouvement, sinon une lutte perpétuelle pour rétablir le jeu des forces contraires et pour créer un accord d’autant plus beau qu’il est instable et menacé ? »
Sociodynamique ISRI - Rouages HumainsAinsi, par le biais de la connaissance des « jeux » des acteurs, l’analyse sociodynamique est une méthode qui procède pas à pas ; c’est un outil de résolution du mouvement, lequel induit et traduit le changement en une évolution nécessaire à la vie de toute institution/organisation/entreprise.

Définition de la Sociodynamique

Il n’existe pas à proprement parler de définition figée ou officielle de la Sociodynamique, tant elle s’inscrit dans le mouvement ; une définition stricte contribuerait à la paralysie.
Sociodynamique ISRI - JC Fauvet 2En revanche, pour Jean-Christian FAUVET (notre photo) et R. Vance PEAVY ,
« La sociodynamique est la discipline qui traite de la mise en valeur des relations de groupe. Destinée à décrypter les phénomènes les plus opposés de la vie sociale (la guerre et la paix), la Sociodynamique est extérieure à tout engagement politique. Son dessein philosophique se situe hors de tout dogme mais se situe toutefois au niveau où la plupart des doctrines se retrouvent d’accord :
  • la vie sociale doit être organisée de telle façon que les hommes puissent vivre heureux,
  • la vie sociale doit tendre à l’optimisation de la performance de la vie groupale.
Dans cette optique, la Sociodynamique suggère modestement des recommandations pratiques essentiellement réalistes et basées sur des règles formalisables qui peuvent facilement être mises en pratique ».1
« La Sociodynamique est une branche de la praxéologie, discipline générale qui se consacre à la conduite de l’action. […] Comparable à la thermodynamique qui cherche à maîtriser le ‘mouvement par la chaleur’, la Sociodynamique se propose de développer ‘le mouvement par les hommes’. Elle assure la visite guidée du monde des organisations, là où s’exerce l’action des hommes ; elle précise leur projet ; elle décrit le panorama de leurs alliances et de leurs luttes ; elle indique les règles séculaires et nouvelles qui fondent leurs succès er leurs échecs ; elle dote les acteurs d’une panoplie de moyens pratiques destinés à servir leur stratégie ou celle de leur entreprise. Elle hiérarchise les enjeux propres à chaque famille d’organisation ».2
« Le cadre de la pensée sociodynamique encourage la non-orthodoxie et se montre très prudente envers une compréhension et une description trop rigides des actions et des difficultés humaines […] Une telle approche d’ouverture privilégie une présentation renouvelée des idées et des mots dépassés. Une fois habitués à de nouvelles idées et à un nouveau langage, les acteurs ne peuvent plus voir selon leurs anciens schèmes. Les choses n’ont pas à être comme elles l’ont toujours été ».3

Conclure pour bien éclairer la sociodynamique

Jean-Christian FAUVET a inventé et développé dans les années 70 une méthode de conduite du changement : la sociodynamique. Elle a pour but de gérer/réguler l’énergie déployée par les participants, individuellement et en groupe, à un projet de changement organisationnel. Cette énergie peut être simultanément positive (la « synergie ») ET négative (l’« antagonisme »).
Pour J-C FAUVET, la réalité des réactions pour ou contre d’un participant à un projet n’est pas aussi tranché mais beaucoup plus complexe. Pour lui, un participant à un projet peut être pour ET contre à la fois… ou NI pour NI contre.
De même, un participant peut être à la fois plus synergique et plus antagoniste qu’un autre. Autrement dit, il peut développer, dans un même temps, de l’énergie pour et de l’énergie contre un projet donné.
A partir de là, JC FAUVET considère comme « allié » (au sens sociodynamique du terme) un participant développant davantage de synergie que d’antagonisme. Ainsi, une personne qui propose des alternatives à celles du projet développe de l’antagonisme, en même temps qu’il développe de la synergie car son intention est de faire avancer le projet. Pour le dire autrement, il est capital de ne pas se focaliser sur l’antagonisme apparent, et de repérer l’énergie sous-jacente

vers une organisation holicratique

http://coodil.blogspot.fr/2014/01/vers-une-organisation-holocratique-de.html